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Carnet de
voyage en Italie
Il Cantico delle Creature
de Stephen Murphy
traduction de Françoise Beaulieu
Quelle excitation ce fut de recevoir
un appel du gouvernement canadien me signifiant qu’une bourse
m’était attribuée pour me rendre en Italie ! Je devais
m’envoler vers le Cantico delle Creature*, une exposition
internationale de reliure d’art qui en était à sa deuxième
édition. À ce moment, il ne me restait que quelques semaines.
Juste le temps de nous faire à l’idée, de prendre nos
dispositions de voyage, et voilà que ma femme et moi partions
vers Rome !
Notre but ? Voir l’une de mes reliures qui avait été retenue
parmi quelque trois cents qui devaient meubler une
présentation en plusieurs lieux de la région de Marche, plus
précisément à Macerata et dans les bourgs montagneux d’Assisi.
Quinze Maîtres du Cantico et une centaine de relieurs
offriraient de leurs travaux en plusieurs stations. Seulement
six des vingt-huit propositions canadiennes auraient l’honneur
d’orner les présentoirs : une en provenance de l’atelier
d’Odette Drapeau, l’une des quinze mentors de l’événement, les
autres de Charlotte Shashoua, Maria Soteriades, Mireille
Langlois, Don Taylor et moi-même.
Avant de m’envoler pour l’Italie,j’avais arrangé une rencontre
avec celui à qui l’on doit le Cantico, Antonio Toccaceli. Pour
le voir, nous nous sommes déplacés vers Ancona, une ville
côtière, où se trouvent son commerce et sa résidence. Il nous
a accueillis dans sa bibliothèque qui compte 800 reliures
artisanales, en compagnie de son traducteur, Christiana Beato.
Devant nous se tenait un homme investi par une mission,
promouvoir la reliure en tant que forme de création
artistique, jusqu’au point de lui faire acquérir un
rayonnement international. En fait, il ambitionnait de
redonner à la reliure de son pays la réputation qu’elle avait
déjà eue dans un passé glorieux. Il existe bien plusieurs
établissements destinés à l’enseignement de la reliure en
Italie, mais à ses dires, aucune ne s’impose de standards
visionnaires. Il a préféré agir par l’établissement d’une
série d’expositions internationales sans précédents, dont la
première, La Infinito, fut créée en 1998 avec un succès
retentissant. Quatre ans plus tard, signe indéniable de santé,
le comité de sélection du Cantico était composé d’éminents
conservateurs, d’historiens de la reliure, d’intellectuels et
de bibliophiles de partout dans le monde. Huit personnes en
tout qui ont peiné pendant une semaine pour arrêter un choix
parmi six cents ouvrages. Un
processus exigeant, d’autant plus que chacun provenait d’une
culture différente et qu’une pièce sur deux devait être
éliminée.
L’ouvrage Cantico delle Creature fut écrit par
Saint-François-d’Assise. L’un de ses codex les plus anciens
nous était justement présenté à Macerata, celui qui a induit
deux cents traductions. Composé par les ateliers de Favini, le
papier qui nous fut remis pour fabriquer nos livres était un
amalgame intégrant des algues des lagons vénitiens. Nous
étions prévenus que nos juges observeraient notre technique,
l’originalité de la composition et l’adéquation au contenu des
écrits.
Pour ma part, j’ai voulu travailler à partir d’un procédé
ancien de montage qui impliquait une couture apparente sur
plats de bois Zébrés. Le titre était découpé dans la
couverture et comblé avec de la peinture acrylique pour
accommoder les fils de lin cirés verts et cramoisis employés
pour la structure. J’ai opté pour ce type de bois afin
d’évoquer la communion de Saint-François-d’Assise avec la
nature, en même temps que j’étais résolu à ne pas utiliser de
cuir.
Comme les Italiens font bien les choses, il se trouve que le
principal souteneur de l’exposition était nul autre que le
Président de l’Italie. Plusieurs régions ont suivi en
apportant leur appui, parmi lesquelles Macerata, Marche,
Umbria et la Commune d’Assisi.
À l’ouverture de l’exposition, le 22 juin, aux dires de
Monsieur Toccaceli, se sont présentés 8 000 visiteurs du pays
et de partout dans le monde. Une centaine de maîtres y ont
reçu médailles et diplômes, avant de profiter de plusieurs
activités, dont un spectacle choral de l’université locale. De
juin à septembre, la présentation a par la suite attiré
journalièrement une moyenne de 80 spectateurs.
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